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Pour saluer un ami Suggérer par mail
Écrit par PierreFalardeau.com   
09-11-2006
  Ou l'autopsie d’un scandale préfabriqué

 

[…] lutter contre un groupe armé qui met un verset du Coran sur son drapeau, ce n’est pas de l’intolérance, ce n’est pas de l’ethnocentrisme, c’est un combat pour la liberté.

Et la liberté, comme disait l’autre, c’est plus qu’une marque de yogourt.

- Richard Martineau

 

L’attaque non provoquée du Hezbollah a offert à Israël l’occasion extraordinaire de prouver son utilité en apportant une contribution majeure à la guerre de l’Amérique contre le terrorisme […]. L’Amérique réclame, l’Amérique a besoin d’une victoire décisive contre le Hezbollah […]. C’est donc l’occasion pour Israël de prouver ce qu’il peut faire pour son grand protecteur.

- Charles Krauthammer
Le Washington Post

 

« On tâchera de faire mieux la prochaine fois », déclarait Ehoud Olmert quelques jours après le cessez-le-feu. Faire mieux? Des milliers de civils massacrés, ce n’est pas assez? Il lui en faut combien pour assurer la sécurité des colons juifs? Dix mille, cent mille? Et pendant que l’armée israélienne détruisait le Liban et enterrait sous les décombres hommes, femmes, vieillards, enfants, sans discrimination, deux petits journaleux aux dents longues, un tire-au-cul et un tire-au-flanc costumés en francs-tireurs, transformaient mon ami Poulin en monstre médiatique. Le méchant, c’était lui, pas l’aviation israélienne. Ni la marine, ni l’armée de terre non plus. Non, Poulin! Il n’y avait plus, ni bombes à fragmentation, ni cadavres de femmes, ni enfants mutilés. Il y avait seulement mon ami et le drapeau du Hezbollah. Les criminels de guerre, les vrais, c’étaient lui et son vieux complice Falardeau. Poulin l’islamiste, le fanatique, l’antisémite, le terroriste, le boucher, le violeur, l’égorgeur, le monstre!

Nos deux « spécialistes du Moyen-Orient », qui font habituellement dans le potinage artistique et le bas de gamme médiatique, reprochaient à mon ami de ne pas parler l’arabe couramment. S’il avait su lire l’arabe classique, comme nos deux « grands reporters », il aurait compris que le drapeau du Hezbollah reprend un verset du Coran. Quel crime! Ce qui dérange nos deux « docteurs en science politique », ce n’est pas la kalachnikov sur le drapeau, mais Dieu. Le Parti de Dieu! Quelle horreur!

Je ne sais pas pour Poulin, mais personnellement, le Parti de Dieu, ça ne m’empêche pas de dormir. Je ne comprends pas qu’on joue les vierges offensées avec Dieu. Dieu, il est partout dans ce conflit, à gauche et à droite, en haut, en bas, en avant, en arrière. Il y a Allah d’un côté et Yaveh de l’autre. Alors où est le problème du Parti de Dieu? Et le « In God We Trust » de la CIA! Et le « God Bless America » du père Bush! Alors le pseudo- scandale des versets du Coran, ça n’explique rien du tout. Ça permet seulement à nos deux « freedom fighters » de série B américaine de se donner bonne conscience à peu de frais et de conforter les matantes de Laval dans leurs préjugés. Fiers de leur supériorité morale, nos deux « intellectuels de service » hurlent au terrorisme, à l’Iran et au Parti de Dieu, comme des chiens de poche de la Police Montée et du Mossad. Mais ces diarrhées de mots, ça ne nous permet pas de comprendre quoi que ce soit au conflit. De simplement reprendre en chœur les analyses tordues des services secrets canadiens, américains ou israéliens, ça n’avance à rien.

Beaux ou pas beaux, fins ou pas fins, les islamistes remplissent tout simplement le vide créé par l’échec des mouvements nationalistes laïques, tiers-mondistes et anti-impérialistes. Partout dans le monde arabe, les Américains ont aidé les islamistes à se développer, parce que ça servait leurs intérêts du moment. Les talibans, avant d’être de méchants terroristes antiaméricains, étaient de bons terroristes anticommunistes. À l’époque, le port de la burka et les versets du Coran ne dérangeaient pas beaucoup le State Department. Quand le Hamas était un groupe apolitique, strictement religieux, le Mossad l’appuyait sans réserve, une façon comme une autre de marginaliser le mouvement national palestinien. Et aujourd’hui, on essaie de nous faire pleurer les fesses avec des fous de Dieu! Laïcité, mon cul. Le Hezbollah est peut-être l’ennemi d’Israël et des États-Unis, mais ce n’est pas mon ennemi à moi. Le Hezbollah ne tire pas des roquettes sur la Gaspésie ou l’Abitibi. Il ne fait pas s’écraser des avions sur la Chambre de commerce de Rimouski ou sur le bureau de poste de Saint-Hilarion. Alors pourquoi le peuple québécois devrait-il s’enligner derrière la politique étrangère israélienne, le nez dans le cul du colon juif? Où est l’intérêt?

Je connais Poulin depuis presque 50 ans maintenant. On est comme des frères. On s’est connus au collège. On était souvent dans le corridor, ensemble, expulsés de la classe pour avoir semé le trouble. On a travaillé ensemble. On a gagné ensemble, on a perdu ensemble. On a crevé de faim ensemble. Poulin, c’est un homme bon. Profondément bon. Comme il n’y en a pas beaucoup. Il n’a pas une compréhension livresque de la vie et de la politique. Il marche avec son cœur. Instinctivement, il comprend les injustices. Au premier coup d’œil, il détecte les saloperies, les mensonges, les gammiques. C’est une des raisons pour quoi j’aime profondément cet homme. Il est toujours du côté des exploités, de ceux qu’on méprise, des ti-clins, des sans-grade, des chiens pas de médaille. Il se trompe très rarement. Et il ne s’est pas trompé non plus cette fois-là. Quoi qu’en pensent nos belles âmes de la plume.

 


Crédit Josée lambert

On s’est retrouvés ce matin-là au Parc-Lafontaine. Poulin avait à la main un drapeau du Québec. Un de ses amis des Îles agitait le drapeau acadien. J’avais un petit drapeau québécois et un drapeau palestinien. Poulin voulait protester contre les massacres au Liban. Lui, il prenait ça personnel, comme on dit. Toute la famille de Québécois d’origine libanaise tuée sous les bombardements israéliens, c’était ses voisins. Ils habitaient près de chez lui. Personnel, je vous dis, vécu profondément. Pas lu dans un magazine américain à marde. Il y avait plein de monde. Les gars saluaient Poulin. Il est connu, c’est normal. On me saluait aussi. Les gens nous prenaient en photos, demandaient des autographes. Des Québécois, des Arabes, des Juifs, des Africains. On parle à tout le monde. On a rencontré des jeunes avec des chandails jaunes du Hezbollah et des drapeaux. On a discuté. C’était des jeunes Québécois d’origine arabe. Ils étaient nés dans les villages qu’Israël venait de rayer de la carte. Les cadavres sous les décombres, c’étaient ceux de leurs oncles, de leurs tantes, de leurs cousins. On était loin du Coran, du Parti de Dieu et de l’Iran. On était dans la douleur, la rage et le désespoir. Pour ces jeunes, le Hezbollah était le seul mouvement politique au monde qui les défendait pendant que l’ONU et la Communauté internationale fermaient pudiquement les yeux et se bouchaient les oreilles. On a pris des photos avec les jeunes. Ils ont échangé avec Poulin le drapeau du Québec pour celui du Hezbollah. Voilà. C’est simple. Pas besoin de parler l’arabe classique ou de lire le Coran dans le texte pour comprendre. Suffit d’avoir du cœur et un peu de cervelle.

Moi, le Parti de Dieu, contrairement à nos « deux penseurs », ça ne me fait pas grimper dans les rideaux. Je peux en discuter, en parler avec n’importe qui, sans perdre les pédales. Je cherche à comprendre, point! À certains, Dieu donne des boutons. Moi, ça ne me dérange pas trop. J’ai été élevé là-dedans, toute mon enfance. On a baignés dans ça. La messe huit fois par semaine, deux fois le dimanche. Je suis bien content d’être sorti de tout ça, mais certains jours, en regardant les petits mongols scander les versets du rock and roll à Moche Musique, je me demande bien où est le progrès! À regarder les fous furieux qui hurlent chaque dimanche à travers les États-Unis pendant la grande messe du football, on se demande pourquoi faudrait rire des chiites qui se flagellent. Mon ami Poulin n’a jamais été du Parti de Dieu. Il a toujours préféré les femmes. Il a toujours été du Parti des hommes qui souffrent, du Parti des hommes qu’on humilie, du Parti des hommes qu’on arrête en masse, du Parti des hommes qu’on exploite. C’est un homme juste. Juste et bon.

Vois-tu, Julien, le grand but de tous ces pseudo-scandales médiatiques, c’est de taper sur les gens pour qu’ils ferment leur gueule. Je connais le truc. J’y ai goûté souvent. On finit par se fatiguer et par vouloir prendre son trou. Les petits préfets de discipline de la Presse, du Globe and Mail ou de la Gazette sont les spécialistes de ces campagnes de salissage. Ça me rappelle le collège. Le Congrès juif canadien et le B’nai Brith sont également très forts en la matière; ils jouent de l’holocauste et de la culpabilité en virtuoses.

Cette fois-ci, les coups sont venus d’ailleurs. On ne s’y attendait pas vraiment. Ils ont voulu te donner une leçon, je ne sais pas pourquoi. Peut-être pour se faire un nom? Peut-être pour te faire payer certaines amitiés? À force de te taper sur les doigts, ils ont fini par gagner. Pour faire cesser la douleur, pour clore le débat, tu as fini par t’excuser. Tu n’avais pas à t’excuser devant ces salopards. Tu n’étais coupable de rien. C’était donner raison à deux « forts en thèmes » plutôt minables sur les bords.

Dans toute cette histoire d’ailleurs, tout le monde fini par s’excuser. C’est ça le truc. Taper sur les doigts du monde pour leur faire fermer la gueule. Ainsi, cet ambassadeur israélien qui semonce, dans une lettre en anglais, Gilles Duceppe et le Bloc Québécois. En anglais seulement, faut être sale en tabarnak. Dans un pays normal, dans un pays indépendant, ce petit diplomate de merde, on le mettrait à bord d’un avion pour Tel-Aviv, sans avis. Un tel manque de savoir-vivre, ça mérite une rupture des relations diplomatiques et un aller simple pour la Terre promise. Et le Bloc s’excuse à genoux. On force même la bonne Maria Mourani à demander pardon. Pardon pour quoi? Pour avoir dit la vérité. Pour avoir dénoncé les crimes de guerre. Mais ces gens-là passent leur vie à s’excuser. La Peur d’avoir peur. Et cet ancien ministre péquiste dont-on-ne-se-rappelle-même-plus-de-quoi-il-était-ministre-c’est-vous-dire-s’il-était-important qui accuse le mouvement indépendantiste d’anti-américanisme primaire et d’antisémitisme tout aussi primaire! Il se dit de droite. Pas de problème avec ça. On peut être de droite et être intelligent. Dans son cas, le problème n’est pas qu’il soit de droite, c’est qu’il soit un abruti congénital. Il serait de gauche, le problème resterait entier.

Moi, je ne m’excuse de rien. Quand je voudrai appuyer le Hezbollah, j’enverrai un communiqué de presse. Mais pour l’instant, on ne me fera pas cracher sur les militants du Hezbollah, ni sur ceux du Hamas. Ce ne sont pas mes ennemis. Ce ne sont pas les ennemis du peuple québécois quoi qu’en pensent nos « Ti-Jo connaissants » du Journal de Mourial ou des shows de lutte de TQS.

Le plus drôle dans toute cette histoire, ce sont les protestations diplomatiques de l’État d’Israël envers la Russie. Les sionistes reprochent aux Russes d’avoir fourni des armes anti-chars aux combattants du Hezbollah. En effet, c’est embêtant ces gens qui refusent de se faire massacrer dans la joie par les chars israéliens. C’est tellement plus agréable quand on peut les tirer comme à la foire, comme des lapins, comme des Palestiniens.

Pierre Falardeau

 

P.S. Salut, Poulin! Dans la balance, quand tu vas mourir, il y aura tout le bien que tu as fait et tout le mal que ces minables ont dit de toi. Ils ne font pas le poids. En plus, il ne faut pas laisser la place seulement aux insignifiants de service. Il ne faut pas laisser la parole seulement aux demeurés et aux gnochons du pouvoir. Il faut parler même au risque d’avoir l’air fou, même au risque de se faire planter.

 


Ce texte est publié dans le Journal Le Québécois, volume 6, numéro 4, octobre – novembre 2006.


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Dernière mise à jour : ( 29-01-2007 )